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« C'est difficile d'être jeune et artiste en Algérie... »

Yacine Dahmane (Chanteur de Flamenco-Gypsy)

« C’est difficile d’être jeune et artiste en Algérie... »

Yacine Dahmane est un jeune artiste faisant dans le flamenco-gypsy de par un style algérianisé. Il publie son tout premier album intitulé Salam.



- Yacine, êtes-vous gitan ?
- Non, je ne suis pas gitan, pourquoi me demandez-vous cela.
- Vous chantez tellement bien le gypsy qu’on vous confondrait avec un gitan...
- (Rires). Je suis algérien jusqu’au bout des ongles.
- Comment avez-vous fait pour avoir ce grain de voix gypsy ?
- Ce sont des années de travail. Depuis l’âge de 13 ans.
- Vous avez baigné dans la musique hispanique...
- Mes parents partaient en Espagne. Et à chaque fois, ils ramenaient dans leurs bagages des disques vinyl.
- Par exemple...
- Des disques vinyl de Manitas Del Plata, Camaron Dela Isla... La musique espagnole tournait tout le temps à la maison.
- Mais qu’est-ce qui vous faisait rêver...
- En fait, c’est beaucoup plus Joselito que je voyais dans les films. Cela m’a tout de suite plu. Et j’ai essayé de faire la même chose en grattant sur une petite et vieille guitare sèche que j’ai customisée (transformée). Je reprenais les titres des Gypsy King à l’époque de la grande gypsymania.
- Et vos premières classes...
- Je les ai faites parmi différents groupes. J’ai commencé avec une formation qui s’appelait Mosaïque où j’étais seconde voix (tierciste). J’y suis resté pendant deux ans. Après, j’ai évolué au sein de Costa Blanca, Mediterraneo... Puis j’ai décidé d’embrasser une carrière solo.
- Et un certain Khaled vous a remarqué...
- En fait, on s’est rencontré il y a quelques années dans un hôtel à Alger où je me produisais. Il avait été agréablement surpris d’écouter et de voir un Algérien chanté le flamenco-gypsy. On avait sympathisé et il m’a dit : je te promets que je fais un concert ici à Alger, alors tu feras ma première partie. Et il a tenu sa promesse. Dès qu’il est arrivé à Alger, il m’a contacté et m’a invité, il y a deux ans au concert de La Coupole.
- Et là, vous venez de sortir votre premier album intitulé Salam avec un sous-titre Falsa Nota. Pourtant ce n’est pas une fausse note...
- Falsa Nota, ce sont ces gens qui font fausse note. Ce sont ceux qui créent des obstacles aux jeunes. J’ai fait cette amère expérience. Et puis j’ai composé Salam, la paix et la tolérance.
- C’est difficile d’être jeune et en plus artiste en Algérie...
- Surtout cela ! Jeune et anonyme. Le jeune souffre vraiment en Algérie. Il essaie de passer un message mais il n’arrive pas. C’est difficile d’être jeune et artiste en Algérie.
- Justement, Salam est une bonne intelligence musicale mêlant sons algérien, gypsy, tex mex... Et aussi, un message contre la « gérontologie »...
- Salam, c’est beaucoup plus une métaphore. C’est celle d’un professeur de guitare n’apprenant à son élève que des fausses notes.
- Les titres Contigo et Fuego sont des invitations « pyromanes » musicalement parlant, bien sûr...
- Fuego, c’est beaucoup plus le feu entretenu dans l’âme ou le cœur. C’est une histoire d’amour s’inspirant du nuevo flamenco (le nouveau flamenco). C’est ce qui marche en Espagne.
- L’album recèle des rythmes tango, wahrani, salsa...
- Oui, absolument. Il y a du tango-flamenco et du wahrani dans la chanson Pajaro. Dans Di Me, il y a des sons salsa, latino... C’est un mariage de plusieurs styles tout en gardant la signature flamenco.
- Ce qui ressort de votre album, ce sont les très bons arrangements...
- J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés deux arrangeurs Hakim Aït Aïssa et Amine Hamrouche (Aminos) qui ont une grande expérience dans la musique et qui ont rencontré beaucoup d’artistes connus mondialement. Ainsi que de bons musiciens comme Adel Lamamra, Kheireddine Mouadène... Et on a travaillé pendant une année pour avoir ce son-là. Mais vraiment avec peu de moyens.
- Vivez-vous de votre art ?
- En fait, je vis de cela en animant difficilement des fêtes, des prestations pour les restaurants.
- Et pas de concerts... Jusqu’à maintenant, j’attends qu’on m’invite et qu’on me programme.
- L’événement, « Alger capitale de la culture arabe » tombe à point nommé...
- Je l’espère ! J’aimerai participer à une tournée en Algérie, cet été. K. S.

Yacine Dahmane/ Salam (Falsa Nota) 1 CD / Belda Diffusion (2007)



Par K. Smaïl

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