Quand une nouvelle, une seule, peut provoquer le ravissement de la lecture et l’émotion de ce qu’elle décrit.J’ai lu un beau livre cet été, Le vent dans le musée, un recueil de nouvelles de ’Abderrahmane Zakad (Ed. Alpha, Alger 2006).
Dans cet ouvrage, une page marquante, quelques mots et une écriture épurée qui va à l’essentiel, sans palabres inutiles, à travers la nouvelle qui en porte pourtant le titre. Ce qui surprend dans cet extrait du livre, c’est justement cette facilité avec laquelle l’auteur nous transmet un message ô combien symbolique et important, à travers une image minimaliste mais puissante de signification. Le style percutant et contemporain fait penser à la célèbre pièce de Samuel Becket, En attendant Godot. Mais ici, le sujet est beaucoup plus grave sous l’apparent détachement des personnages, distanciation délibérée dont l’auteur a voulu les doter.
Deux hommes discutent paisiblement près d’un arbre sans prêter attention au jeune garçon qui s’apprête à mettre fin à ses jours. Ils ne réagissent à aucune de ses deux tentatives de suicide, préoccupés par leur débat concernant la présence, toute proche, d’ouvriers qui réalisent des travaux. Le garçon se pend sous leurs yeux sans qu’ils ne s’en rendent compte. Les gendarmes arrivent : trop tard, l’ange de la mort a été plus rapide. En une page, l’auteur ,vous décrit un suicide. Et la dernière réplique de la nouvelle est significative, car elle marque l’esprit du lecteur : « Pour qu’un jeune se pende, c’est qu’il n’avait pas où s’accrocher à la vie » La pyramide sociale toute entière semble passer son temps près de « l’arbre à palabres », sans se soucier du devenir des fruits de l’arbre de l’avenir, la jeunesse. Dans cette courte et intéressante nouvelle, les phrases simples imposent un rythme rapide dans la lecture et facilitent l’enchaînement des événements.
Les personnages anonymes et la ponctuation brisent la longueur des répliques en donnant un effet d’écriture en « lambeaux » et sont autant d’éléments qui donnent une impression de fluidité à un staccato perceptible. Le comique de situation et l’ironie du sort n’en sont que plus renforcés. L’analyse stylistique approfondie de l’œuvre de M. Abderrahmane Zakad n’est pas le but de cet écrit, et il me semble, en tant que lectrice, qu’elle doit s’effacer au profit de ce qu’il reste à un amoureux des belles lettres lorsqu’il tourne la dernière page d’une histoire : c’est le sens, l’impact et la morale qui comptent et qui touchent l’humain qui est en lui Je garde donc en mémoire la dernière phrase de cette nouvelle, en espérant que la jeunesse de ce pays finira par trouver un jour où « s’accrocher à la vie ».
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